• Agatha Chakhnovski

Interview de Jean-Robert Raviot, spécialiste de la Russie . Partie I

Dernière mise à jour : juin 10

L’Affaire Navalny, les relations de la Russie avec l’Europe, la Chine, l’Afrique.




Monsieur Jean-Robert RAVIOT, Professeur des universités, Directeur du département de russe, responsable de la filière Licence/Master de la filière bilingue Droit français-Droit russe et directeur du Master spécialisé en études russes et post-soviétiques à l'Université Paris Nanterre, nous a fait l’honneur de nous accorder cet entretien sur la Russie.



L’affaire Navalny et les relations entre l’Union européenne et la Russie


Entre empoisonnement, condamnation, répression des manifestations, sanctions imposées par les Etats et le renvoi de diplomates, l’affaire Navalny agite depuis un certain temps déjà l’Europe. Aussi, les rencontres avec Josep Borrell et Sergueï Lavrov étayent cette escalade des tensions entre la Russie et l’UE.

Bénéficiant d’un soutien solide en dehors de la Russie, notamment en France, Navalny s’y trouve incarné en victime du pouvoir de Poutine, et héraut des droits de l’Homme.


Gardons à l’esprit que l'Union européenne est, de loin, le premier partenaire commercial de la Russie avec lequel elle réalise plus de la moitié de ses échanges. En sens inverse, la Russie ne constitue que le 3e partenaire commercial de l'UE.



Cette situation fait-elle de Navalny un bouc émissaire au sein du rapport de force UE /Russie, expression du tiraillement entre valeurs humanistes et dépendance économique ?


Monsieur Raviot commence par signaler l’importance des Etats-Unis dans cette affaire qui « semble être essentielle puisque l’UE a commencé à voter les premières sanctions contre la Russie après l’annexion de la Crimée en 2014, sous pression américaine ». Par conséquent, « la politique de l’UE à l’égard de la Russie est très étroitement liée à une pression américaine sur l’Union européenne pour s’aligner sur sa politique […] afin de démocratiser de l’intérieur ».

De plus, de nombreuses incertitudes gravitent autour de l’affaire Navalny et beaucoup de questions demeurent sans réponses, notamment vis-à-vis de de son empoisonnement. A l’inverse, plusieurs faits sont établis. Dans un premier temps, « le fait que Navalny [se soit] retrouvé exfiltré en Allemagne au mois d'août 2020 ». Dans un second temps, « qu’il [soit] revenu en Russie de son propre gré et a été soumis à plusieurs procès ». Dans un dernier temps, « qu’il [soit] maintenant emprisonné ».

En donnant plus de détails, « la Russie s’en tient à une version judiciaire de l’affaire Navalny, c’est-à-dire qu’il a commis un certain nombre de délits » et que de nombreuses « affaires [sont] en cours dans le cadre par exemple d’Yves Rocher ou de son affaire de diffamation sur Twitter contre des anciens combattants ». De ces faits, « il est condamné par la justice russe à un certain nombre de peines qu’il est en train de purger ».

Le fait qu’il apparaisse dans la presse occidentale comme étant le principal opposant et une sorte de bouc-émissaire, « pose problème dans l’évaluation de sa place dans le jeu politique russe aujourd’hui ».


« Effectivement, dans la presse occidentale, Navalny apparaît comme le principal opposant à Vladimir Poutine et, comme la principale victime de répressions politiques que le pouvoir de Poutine mettrait en jeu contre Navalny pour réprimer plus largement l’opposition ». Néanmoins, l’opposition en Russie est hétéroclite et ne peut se résumer à Navalny.

D’une part, il y a d’abord « une opposition légale, institutionnelle, celle du Parti communiste, celle du LDPR (parti libéral-démocrate de Russie), celle des partis qui sont représentés à la Douma (chambre basse du Parlement russe) ». D’autre part, il y a « le spectre de l’opposition hors système […], très composite et avec beaucoup de tendances, où Navalny apparaît médiatiquement comme la personne principale ». Néanmoins, la réalité de la situation semble différer. En effet, « Navalny est le leader d’une certaine opposition libérale dont le programme est d’ailleurs assez flou ».

La véritable question est de savoir « en quoi s’oppose-il à Poutine ? ».

D’une manière très limpide, « il dénonce la corruption des hautes sphères, des dirigeants du régime, mais a-t-il un véritable programme politique et est-il susceptible ou non de remporter une adhésion politique en Russie ? ».

On peut émettre une réserve à cela, puisqu’ « aujourd’hui la raison pour laquelle en Russie on peut être opposé à Poutine, c’est essentiellement des raisons sociales […] qui se manifestent dans la rue, non seulement pour défendre Navalny, mais par de très nombreux autres mouvements locaux, sociaux, écologiques, … ».

Par conséquent, « Navalny apparaît comme une sorte d’écran entre la réalité de ces manifestations et leurs raisons. Il ne faudrait pas croire qu’en Russie l’opposition se résume à Navalny puisqu’elle est multiforme. Il y a plein de formes d’oppositions, de mobilisations contre le pouvoir et contre les pouvoirs, et Navalny ne les représente pas, ou du moins n’en représente qu’une petite partie ».

Monsieur Raviot rappelle que « la Russie, aujourd’hui, est un pouvoir autoritaire, sans alternance où Poutine reste très populaire et soutenu malgré tout, même si sa popularité a baissé depuis trois / quatre ans. […] Le parti Russie Unie reste pour l’instant majoritaire à la Douma et si on voit se manifester des oppositions, c’est essentiellement des oppositions locales très fortes. Il y a toute une vie politique en Russie mais qui se cristallise sur des protestations très concrètes […] comme les différentes réformes de retraites, les questions écologiques sensibles en Russie, les constructions d'Églises au milieu de parcs publics, ou bien même la révocation d’un gouverneur pour corruption alors qu’il vient d’être élu au suffrage universel avec une très large majorité, comme c’est le cas de Khabarovsk. Ce sont de vraies mobilisations, qui vont durer dans le temps, mais qui ont lieu à la frontière chinoise en Extrême-Orient, et donc qui bénéficient de moins de médiatisation en Occident ».

« Navalny est un symbole, mais pas plus ». « Symbole de la réalité d’un pouvoir autoritaire en Russie qui n’accepte pas l’alternance au pouvoir, qui n’accepte pas l’opposition dès lors qu’elle remet en question deux choses » La première étant, « la légitimité des dirigeants autour de Poutine et leur corruption ». La seconde étant, « qu’elle ne remet pas en question que l’opposition ne peut pas accéder au pouvoir ».

La question pourrait être : Navalny et son parti pourraient-ils accéder au pouvoir ? La réponse du professeur est négative puisqu’ « il aurait très peu de voix et que la vraie opposition en Russie n’est pas forcément dans un parti, dans une formation politique, mais elle est diffuse et essentiellement non-politique. Au sens où ce que veulent les gens en Russie, c’est moins d’inégalités, plus de politiques sociales et moins de néo-libéralisme ».

Il ne faut pas oublier que « Navalny dénonce un certain nombre de faits touchant au pouvoir russe, mais il y a aussi d’autres personnes qui touchent, dénoncent des faits non moins inquiétants, qui touchent au pouvoir occidental, américains » comme par exemple « Assange qui est en prison ou Snowden qui est en Russie », et c’est ce que le pouvoir russe à tendance à répliquer à l’Occident.

Pour finir, la Russie à un rapport propre à l’Union européenne. En effet, « la diplomatie russe regarde l’UE comme un partenaire commercial, mais pas en tant qu’entité politique ; au plan politique, la Russie considère séparément les Etats membres de l’UE ». Il existe un pays qui est essentiel à la Russie : « l’Allemagne qui, en 2018, est passée derrière la Chine en qualité de premier partenaire commercial et économique ». Aujourd’hui, « le pouvoir russe semble miser sur une relation privilégiée avec la Chine contre un Occident qui est considéré comme trop hostile pour continuer à bénéficier de la part de Moscou d’une relation de confiance ».


Les relations russo-chinoises


Washington a décrété que Pékin et Moscou seraient ses principaux adversaires et s’efforce de mener contre les deux nations une guerre de sanctions couplée à une guerre économique, politique et idéologique. Pression est faite sur la Chine en la diabolisant pour la violation des droits des Ouïgours, le coronavirus, l’usage illégal de brevets, le protectionnisme, une politique agressive en mer de Chine méridionale, la répression de la population de Hong Kong. Il y a application des sanctions économiques, en stimulant le terrorisme en Asie centrale [par un soutien à l’islamisme en territoire ex-soviétique] et en agissant contre la high-tech chinoise.

De même que pression est faite sur la Russie à travers les affaires Skripal et Navalny, en exacerbant le conflit dans le Donbass, par le financement de forces destructrices sur le sol russe, par des sanctions et des représailles pour de prétendues “cyberattaques et ingérences dans les élections américaines” ou en faisant de la Russie l’ennemi numéro un de l’Europe.

Depuis des années, certains experts américains tentent d’inculquer à leurs élites l’idée qu’on ne peut pas contenir simultanément la Chine et la Russie sans pousser ces pays l’un vers l’autre. Cela, au risque de jeter Moscou dans les bras de Pékin.



Un basculement vers un “nouvel ordre mondial”, dominé par l’alliance sino-russe est-il envisageable ? Auquel cas, serait-ce forcément une vassalisation de la Russie à la puissance chinoise ?


L’évidence est que « la politique américaine, depuis Obama, peut-être un peu avant, a poussé Moscou dans les bras de Pékin ». Il y a un lien de connexité entre l’hostilité américaine envers la Russie et le rapprochement russo-chinois. En effet, « plus les Américains étaient hostiles à la Russie, plus la Russie se retournait vers la Chine. Cela se matérialise à travers des choses concrètes comme l’organisation de coopération de Shanghai (OCS) où le noyau dur de la coopération russo-chinoise se regroupe autour des questions de sécurité ». Ainsi les « trois fléaux » de l’OCS : le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme restent toujours les éléments principaux qui menacent la sécurité et la stabilité régionales. « La Chine et la Russie ont en commun de vouloir lutter contre des forces intérieures qui pourraient s’attaquer à leur souveraineté » comme par exemple les « Ouighours pour la Chine ou les forces terroristes islamistes côté russe ou en Asie centrale ». Ainsi, on constate « un rapprochement russo-chinois qui s’est opéré pour proposer un nouvel ordre mondial ».

En comparant le modèle occidental d’un côté et la Russie et la Chine de l’autre, on constate une nette différence de politique. D’un côté, « l’Occident reste dans cette continuité d’une promotion de la globalisation économique et politique. L’idée est que plus on ouvre les barrières, plus on abaisse les frontières économiques, sociales, plus on va vers un monde pacifié et donc plus on va vers l’extension de la démocratie à l’échelle globale, porteur de paix. Cette doctrine remonte à Woodrow Wilson, les années 20, puis Bill Clinton l’a repris dans les années 90 », ce qui correspond à la « clé de voûte de la stratégie américaine et occidentale » jusqu’à aujourd’hui.

D’un autre côté, « la Russie et la Chine sont dans une autre optique, c’est-à-dire qu’elles ne veulent pas nécessairement dominer le monde. L’une et l’autre sont d’accord sur un point : l’ordre mondial ne doit pas être dominé par une force qui irradie de l’Occident et répand ses valeurs, mais il doit être multipolaire (terme qui revient dans la diplomatie russe et chinoise) ». Par conséquent, « le nouvel ordre mondial doit être basé sur des rapports d’équilibres entre des grandes puissances parmi lesquelles on trouve effectivement la Chine, les Etats-Unis, l’UE, l’Inde, le Brésil et d’autres, et il devra être en permanence renégocié ». La stratégie étant que la « Russie et la Chine s’unissent, et avec d’autres, pour empêcher cette espèce de fuite en avant globaliste et impérialiste occidental ». Ainsi, « ne s’affronte pas deux puissances en tant que telles, mais deux visions de l’ordre, de ce que doit être un ordre mondial […] avec deux visions totalement, non seulement antagonistes, mais très divergentes de ce que doit être l’équilibre du monde et nous allons assister dans les années qui suivent un affrontement croissant entre ces deux visions et la difficulté croissante de l’Occident à imposer sa vision ».

Le temps défile et les pôles évoluent. En effet, « le monde des années 90 est fini et […] il faut effectivement que les Etats-Unis changent leur politique, acceptent que l’unilatéralisme soit terminé et négocier en tant que grande puissance avec la Chine, avec la Russie. Arrêter cette politique de containment et s’entendre, trouver un terrain d’entente avec ces deux pays ». En faisant une prospective, le professeur estime « qu’il n’y aura pas beaucoup de changements du côté chinois ou du côté russe […] mais par contre, il peut y avoir beaucoup de changements qui interviennent côté américain, puisque beaucoup des orientations futures de la politique internationale dépendent aujourd’hui de la tactique et de la stratégie que Washington va adopter ».

Vis-à-vis de la Russie, Joe Biden opte, pour l’instant ; pour une politique traditionnelle dans la continuité des vingt ou trente dernières années. Néanmoins, « rien n’indique que cela va continuer ainsi, la balle étant dans le camp des Occidentaux et non dans le camp des Russes et des Chinois, qui ont leur vision et malheureusement, cette politique à aliéné la Russie particulièrement depuis les dix dernières années ».

Aujourd’hui, on en est venu à considérer en Russie comme impossible tout rapprochement avec l’Occident. Ce tournant est difficile à situer pour le professeur mais sûrement à partir de 2014. Inévitablement, « on ne peut pas revenir en arrière et il faut en tenir compte comme une donnée de fait de la politique étrangère russe. […] Nous ne pouvons pas imaginer, à brève échéance, un retournement favorable de l’Occident à l’égard de la Russie, ce qui est assez dramatique pour les relations entre la Russie et le monde occidental. […] La politique menée côté occidental ces dix dernières années a vraiment dressé la Russie contre nous et non pas seulement Vladimir Poutine et Sergueï Lavrov (ministre des Affaires étrangères de la Russie) mais l’ancrage est devenu sociétal. L’évolution des sondages du Centre analytique Levada montre à quel point l’opinion russe est convaincue que l’UE, les Etats-Unis sont hostiles à la Russie et que ce ne sont pas des alliés possibles, conséquence des politiques occidentales ».

Les relations russo-africaines


Les puissances européennes qui se partageaient traditionnellement leurs sphères d'influence en Afrique doivent maintenant rivaliser avec deux nouveaux acteurs, la Russie et la Chine, sur le plan économique, politique et sécuritaire. La Russie est devenue un pays indispensable sur lequel on peut compter pour la prise de décision en Afrique.



Quels sont les enjeux russes à moyen et long terme dans cette stratégie d'expansion en Afrique ?


L’allié chinois semble aborder la même direction politique mais à une dimension supérieure.

Par conséquent, existe-t-il une stratégie commune d'expansion des deux pays en Afrique ?


D’après Monsieur Raviot, il n’y a pas de stratégie commune d’expansion en Afrique. Du point de vue de Pékin tout d’abord, il existe « une stratégie chinoise d’implantation économique en Afrique », amorcée depuis les années 1990 et qui a connu un regain encore plus accru au moment de l’annonce du projet des Nouvelles routes de la soie (2013). Concrètement, Monsieur Raviot précise que la Chine investit dans des infrastructures portuaires, civiles et militaires dans toute l’Afrique : « Il y a véritablement un projet chinois de faire de l’Afrique un terrain de l’expérimentation du modèle chinois de développement économique. »


Du point de vue de Moscou, les choses sont différentes et « la Russie en Afrique n’est pas du tout à mettre au même niveau que la Chine ». Monsieur Raviot revient sur les origines de la présence russe en Afrique, en expliquant que « l’URSS a été en Afrique dans les années 1970 dans un certain nombre de pays, notamment l’Angola, le Mozambique, l’Éthiopie, la Somalie à certains moments. […] Mais cette coopération soviétique en Afrique n’a jamais vraiment duré » : l’URSS envoyait des « pays satellites » dans le cadre de cette coopération, à l’image des Cubains en Angola.


« La Russie a plutôt une politique traditionnellement appuyée en Afrique du Nord » (Algérie, Égypte), mais l’on peut constater depuis les années 2010 que la présence russe resurgit en Centrafrique, que Monsieur Raviot qualifie « d’effet d’opportunité ». La Russie aurait « décidé de jouer sa carte en Afrique là où elle le peut, et avec les moyens qu’elle a ; c’est-à-dire dix fois moins importants que les moyens chinois, mais en essayant d’occuper des niches qui sont essentiellement politiques et dues à un vide stratégique résultant du retrait occidental ».

Mais comment la Russie joue-t-elle de ses cartes ? Moscou se place en Afrique et joue sur deux tableaux « pour occuper des points, des positions qui peuvent être ensuite exploitées politiquement ». D’abord, « sur le tableau officiel de la coopération entre États, entre armées […] et aussi sur ce que l’on appelle des entrepreneurs géopolitiques, c'est-à-dire des personnes qui sont soit des chefs d’entreprise, soit des personnes russes avec des ressources qui vont investir en Afrique ». À terme, l’objectif est de faire valoir ces investissements auprès du pouvoir russe, et donc de « sécuriser, exploiter politiquement cette entreprise géopolitique auprès du pouvoir russe ».


Monsieur Raviot rappelle donc que la Russie et la Chine ne sont pas à mettre sur un même plan dans leur présence en Afrique : « La Chine est dans une stratégie continentale et les moyens économiques, logistiques, humains » tandis que la Russie « essaie d’occuper des endroits stratégiques, pour ensuite avoir une position politique importante en Afrique ».

Cet effet d’opportunités mené par la Russie prend par ailleurs le pas sur ce qu’était la Françafrique. « Les Russes occupent les failles françaises […] la Centrafrique est passée sous une influence militaire russe décisive […] et c’est arrivé parce qu’il y a un vide, des effets d’opportunité et une volonté d’occuper des endroits ».


La présence russe en Afrique peut également être comparée à celle que la Russie occupe en Amérique Latine : « Pour d’autres raisons et dans un autre contexte, on voit la Russie aussi occuper des niches géopolitiques, par exemple au Venezuela ou en Équateur […], en soutien avec les régimes qui sont plus ou moins en froid avec les États-Unis ». Toutefois pour reprendre le cas de l’Afrique : « On remarque que depuis plusieurs années, les médias russes comme RT (Russia Today) ou Sputnik sont très suivis en Afrique francophone », et suscitent même un « véritable engouement » selon des chercheurs de l’Institut français de Paris VIII. Cet exemple montre que cette stratégie de niche de la Russie fonctionne.


Propos recueillis par : Agatha Chakhnovski, Noémie Bartkowiak, Mélanie Neveux, Paul Mulocher


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