• Philippine Benmayor

ÉDITORIAL - L’invasion russe de l’Ukraine



Ils sont de ces temps où chacun doit savoir comprendre. De ces temps où les discussions en cours s’arrêtent, où les regards se détournent, et où les pensées se confondent. Nous vivons un moment historique, empreint d’une gravité que personne ne saurait ignorer.

Nos premiers mots et nos pensées les plus solidaires vont au peuple ukrainien, ainsi qu’à tout individu directement ou indirectement lié à l’État souverain et républicain qu’est l’Ukraine.

Un débat a eu lieu en classe.

À l’occasion d’un jeu de rôle, nous, étudiants, devons incarner les gouverneurs de la Banque Centrale Européenne réunis pour décider d’une politique monétaire en conséquence du déploiement des troupes russes sur le sol ukrainien. À l’exercice de la conférence de presse, nous devons collectivement produire un communiqué consensuel. Il est question de caractériser la situation. À la surprise générale – mais définitivement pas unanime – la mention des termes « conflit », « guerre » et « invasion » fut débattue et de vifs échanges s’engagèrent.

Sous couvert d’une interprétation hardie des rôles qui nous avait été attribués, certains « gouverneurs » ont, semble-t-il, cru bon de justifier l’opération spéciale russe au regard des ambitions expansionnistes de l’OTAN, d’avancer un discours pro-Kremlin de dénazification de l’Ukraine, tout en réfutant la caractérisation de l’invasion. Leur ardeur a payé et ces mots n’ont pu apparaître sur la déclaration officielle de la prétendue institution européenne, faute de consensus. Pourtant, ils sont bel et bien mentionnés au sein du communiqué de presse officiel de la BCE[1].

Ce moment n’était révélateur que d’une seule chose : les différences d’analyses, lorsque ces dernières sont scientifiquement infondées pour une partie au débat, ne peuvent fatalement que mener l’issue de la question du mauvais côté de la scène internationale.

L’invasion de l’Ukraine, telle qu’ordonnée par le président russe Vladimir Poutine est une indéniable violation du droit international. N’en déplaise à ceux qui justifient et valident la politique extérieure de Moscou au titre de la réaffirmation de la puissance russe contre le gendarmisme transfrontalier américain post-Guerre Froide, la Russie a réuni près de 200,000 hommes pour envahir l’Ukraine et en a perdu 20% en trois semaines[2]. Le Kremlin, lui, parle d’un gros millier de décès. Ici encore, chaque information chiffrée reste à considérer avec précaution, considérant par exemple le simple fait que l’armée russe se plaît à privilégier la publication des pertes de ses officiers, minimisant ainsi le nombre total de morts à déplorer. Sans transition, les deux parties au conflit russo-ukrainien concèdent des pertes considérables.


Par ces mots, le pôle rédaction de l’Institut Talleyrand entame une série éditoriale dédiée à l’analyse juridique, sociale, militaire et culturelle de l’invasion russe à laquelle est en proie l’Ukraine en tant qu’État-nation.



Philippine BENMAYOR,

Rédactrice en chef du pôle Rédaction de l’Institut Talleyrand




[1] Décision de politique monétaire, Banque Centrale Européenne, 10 mars 2022

[2] Général Dominique Trinquand, 8 avril 2022, France Info

41 vues0 commentaire